Ma liste de blogs

samedi 23 octobre 2021

Le parfum des fleurs la nuit de Leila SLIMANI

 

J'ai découvert Leila Slimani dans la revue  Zadig où elle donne son ressenti sur l'évolution de la société.par une chronique souvent pertinente.

Je découvre maintenant son talent d'auteure qui est remarquable par sa justesse de ton et sa profondeur.

Cet ouvrage qui a été à l'origine proposé par son éditrice, est parti de l'idée de faire passer une nuit à l'écrivain dans un musée de Venise et d'imaginer un texte autour de cette expérience. 

Ce qui motive davantage Leila Slimani dans ce projet est plus "l'idée de se retirer du monde pour entrer dans l'écriture" qu'un intérêt évident pour l'art contemporain. Elle s'attarde ainsi sur l'idée d'enfermement qui s'impose à elle comme une forme de discipline qui implique le refus de toute sollicitation extérieure.

"Pour écrire, nous dit-elle il faut rouvrir ses cicatrices, remuer les souvenirs, raviver la honte et les vieux sanglots. Il faut se refuser aux autres, leur refuser votre présence, votre tendresse, décevoir vos amis et vos enfants". C'est une forme de renoncement d'où naît paradoxalement la possibilité d'une liberté vertigineuse. Celle de parcourir le monde par l'esprit.

On accompagne ainsi Leila Slimani, dans le déroulement de ses pensées, de Venise à Rabat et dans l'évocation de son enfance, de son père, de ce dialogue silencieux qui nourrit chaque jour son écriture.

Elle nous livre sans détour ses réflexions sur le sentiment religieux qui se dérobe, les lois invisibles qui régissent l'espace public dans le pays de son enfance,  le territoire de la nuit qui abrite des rêves en sourdine et les traces laissées par l'expérience coloniale.

Le parfum des fleurs, la nuit, c'est le souvenir de l'arbre de son enfance, le galant de nuit qui resurgit dans le musée à la faveur d'une installation créée par un artiste.

Un titre au doux nom pour un récit d'une grande sensibilité.

Un vrai coup de cœur  pour cette auteure que je vais continuer de suivre.

 

 


 



 


 

mercredi 29 septembre 2021

Les ombres de Zabus et Hyppolite


 Les ombres de Zabus et Hyppolite est le récit très poignant d'un enfant sommé de raconter son histoire à un fonctionnaire, aux portes du grand pays alors qu'il vient de traverser son petit pays en proie à un terrible conflit et qu'il porte en lui les ombres habitées par l'âme de défunts, qu'il ne sait s'il doit taire la vérité ou fait état de la réalité des faits et des évènements survenus. L'histoire se déroule et on a le cœur à vif  en découvrant les épreuves traversées et endurées par un enfant qui cherche à fuir l'horreur en protégeant sa petite sœur des exactions des cavaliers sanguinaires, de l'exploitation par le travail de l'ogre de la forêt, de la convoitise de certains et des passeurs sans scrupule à l'image de serpents sans équivoque.

Le dessin est parfois presque semblable à des esquisses sombres, envahi qu'il est par l'ombre de la mort ou l'ombre des morts dont les voix résonnent avec force puis les couleurs s'éclaircissent alors que l'arrivée sur le territoire du grand pays semble se préciser. Mais ce n'est qu'un mirage et les couleurs s'en vont dans la nuit, dans la désolation de ces bâtisses administratives où des fonctionnaires décident du sort des exilés.

On peut remarquer que les visages des exilés sont flous par rapport à ceux de l'ogre, du caïd, des cavaliers sanguinaires et du fonctionnaire qui sont marqués (les rides), voire acérés (les dents, on pourrait même dire, les crocs apparents) . 

Cela donne une force au dessin avec l'idée que ces exilés partent  à la recherche d'une identité perdue ou mise à mal par cet exil forcé dans le sens où ils n'ont pas d'autres choix que quitter le petit pays pour sauver leur vie.

Je vous conseille vivement la lecture de cette bande dessinée, un ouvrage de qualité sur un thème plus que d'actualité.

 

 



La théorie des nuages de Stéphane Audeguy


Conseillée par un libraire de La Rochelle, cette lecture m' a d'abord emportée dans les nimbes de ces nuages qui fascinent les différents personnages puis déconcertée dans la 3ème partie avec l'étude du protocole Abercrombie. 

La qualité narrative de l'auteur permet au lecteur d'être immédiatement embarqué dans l'histoire que relate Akira Kumo, à Virginie Latour qu'il vient d'engager pour répertorier sa collection de livres.

Au fur à mesure de leurs rencontres, Akira Kumo lui raconte les prémices de cette science des nuages qui émerge au 19ème siècle grâce des personnages clefs tels que Luke Howard, auteur de la typologie des nuages, Cirrhus, Cumulus et autres stratus, Carmichaël, peintre de son état, qui en fera l'élément principal de ses toiles en effaçant toute présence humaine, puis William S Williamson, météorologue avant l'heure et Abercrombie  (personnage inventé par l'auteur) pour qui l'étude du ciel prendra une tournure étrange.

Ces nuages, loin de manifester des signes de colère émanant des divinités antiques, deviennent des formes évanescentes pour les poètes et des objets d'étude aux propriétés physiques pour les spécialistes.

Il est aussi question de nuages qui surgissent sous forme d'un cataclysme naturel (Le nuage volcanique de Krakatoa) ou provoqué par l'homme (la bombe atomique).

L'histoire de ce couturier Japonais, né à Hiroshima, se dévoile ainsi en même temps que celle des chasseurs de nuages, une mémoire qui se déroule comme un fil ténu, avec ses traumas  et avec Virginie Latour  comme dépositaire de ce témoignage.

Si l'écriture me paraît très délicate et sensible, je trouve que les personnages féminins ne sont pas traités de la même manière, le personnage de la Fille d'Abercromie est même qualifiée d'"inculte et alcoolique"et l'auteur évoque "sa précocité dans tous les vices" alors qu'aucun jugement n'est porté sur les hommes et notamment Richard Abercromie et son rapport aux prostituées, sa fascination pour certaines parties du corps de femmes exotiques et un vocabulaire emprunt d’ethnocentrisme qui va certainement avec l'époque (XIX, début 1900).

C'est dommage, car la thématique de départ autour des nuages était vraiment originale et avait tout pour faire un très grand roman. Là, l'auteur m'a un peu perdu en chemin. On ne peut pas dissocier la forme du fonds et même si cette lecture est d'un abord extrêmement plaisant, d'une certaine érudition, et que le personnage de Akira Kumo, semble vraiment incarné avec force tout comme les précurseurs de la météorologie, le personnage d'Abercromie, m' a quelque peu déroutée et moins intéressée.

Cela ne m'empêche pas de souligner que Stéphane Audeguy a de véritable talent de conteur, et que je vous conseille la lecture de cet ouvrage car il y de très beaux passages qui vous portent comme le souffle d'un paysage ou le passage d'un nuage.


"Certains nuages en effet semblent surplomber tous les autres, et s'étirent comme des griffures de chat ou des crinières, en longues fibres parallèles ou divergentes, presque diaphanes ; Howard les nomme des filaments : ce seront , en latin, les cirrus..."

 "Le temps est venu pour le volcan de s'effacer du ciel. Alors, comme s'il se souvenait, au moment de mourir, de son glorieux passé terrestre, le défunt Krakatoa se disperse à une vitesse croissante dans toutes les couches de l'atmosphère, provoquant des diffractions inédites de la lumière du soleil, inventant des aurores flamboyantes, des magnifiques couchers de soleil, qui semblent un océan de métal liquide, piqué de vert émeraude et de nuances d'ocre subtiles, des couchers de soleil comme de mémoire d'homme on n'en a jamais vu."

 "Il s'est mis à penser que toutes les formes naturelles obéissent à des lois récurrentes. Il croit que le créateur du monde l'a voulu ainsi, et la jeune science des formes célébrera l'oeuvre divine. Johann Wolfgang Goethe sait que bientôt l'eau de son propre corps voyagera, pour partie dans le sol, pour partie dans les airs, et cela le console de la mort. Il aime à penser que sa dépouille va nourrir des plantes, ou de petits insectes mal connus. Même il pense parfois, mais sans le dire à personne, que le cerveau des hommes a la forme des nuages, et qu'ainsi les nuages sont comme le siège de la pensée du ciel ; ou alors, que le cerveau est ce nuage dans l'homme qui le rattache au ciel. Parfois même Goethe rêve que la pensée elle-même se développe non pas, comme disent certains, à la façon d'un édifice de pierres, mais bien plutôt comme ces arborescences nuageuses qu'il admire tant, dans les cieux toujours renouvelés, au-dessus de Weimar."



 

 

 


 

 


 

 


jeudi 17 juin 2021

Canoes de Maelys de Kerangal


 Je découvre ce recueil de nouvelles Canoës écrit par Maëlys de Kerangal qui donnent à entendre des voix originales tant sur le fond que sur la forme. Ces voix ce sont celles que l'on peut transformer à dessein pour se faire une place dans un milieu, celles que l'on module pour épouser les contours d'une langue, celles de disparus, que l'on veut garder intactes, celles à l'état brut qui se déploient comme le cri d'un animal, celles granuleuses qui révèlent une faille. 

L'écriture de Maëlys de Kerangal est d'une grande densité, celle-ci polit son matériau brut en laissant apparaître des aspérités, ce qui lui donne une grande force d'évocation.

J'en retire une lecture passionnante (les deux dernières nouvelles étant peut-être un peu en deçà du reste) portée par cette nouvelle Mustang, la plus étoffée qui nous fait ressentir la poussière épaisse des Rocheuses et la libération qui surgit, un peu chaotique, dans des vies à l'équilibre précaire.

 


samedi 1 mai 2021

dimanche 20 décembre 2020

Les belles personnes de Chloé Cruchaudet

 Les Belles personnes

 Dans cette bande-dessinée originale et touchante, Chloé Crudauchet se fait la voix de ces belles personnes qui sont en quelque sorte des héros discrets dans le quotidien de ceux qui, leur sont proches où de ceux qui les ont approchés à un moment de leur vie. Elle leur rend hommage par un trait de dessin proche du croquis et par des nuances de couleur qui les distinguent chacune, empreintes d'une grande douceur ou parfois plus vives.

 Il est question de parcours bousculés par la vie (la maladie, le handicap, la précarité), de parcours singuliers dédiés aux autres (par le soin) ou à une passion (le jardin, le travail du bois, l'écriture)...

Des portraits tout en délicatesse qui se laissent lire agréablement, non sans une certaine émotion.

J'ai feuilleté par hasard cet ouvrage et je ne le regrette pas.

A vous aussi, de vous laisser tenter.

 



 

 

 

 

Le parfum des fleurs la nuit de Leila SLIMANI

  J'ai découvert Leila Slimani dans la revue  Zadig où elle donne son ressenti sur l'évolution de la société. par une chronique souv...